Para triathlon : Héloïse Courvoisier, Anne Henriet, Thibaut Rigaudeau et Cyril Viennot unis vers les Jeux à Paris

Un mois après l’annulation des épreuves à Abu Dhabi, les circuits mondiaux de triathlon WTCS et de para triathlon WTPS font étape ce week-end à Yokohama (Japon).
Cet avant-dernier rendez-vous majeur avant la fin de la période de qualification pour les Jeux de Paris est crucial pour Héloïse Courvoisier, para triathlète malvoyante de naissance, en duo avec sa guide, Anne Henriet ainsi que pour Thibaut Rigaudeau, para triathlète malvoyant avec son guide Cyril Viennot.
Particularité de ce quatuor, Héloïse Courvoisier est en couple avec Thibaut Rigaudeau, Anne Henriet vit avec Cyril Viennot. Les deux duos espèrent bien vivre ensemble les Jeux paralympiques. Entretien.

De gauche à droite sur la photo : Héloïse Courvoisier, Anne Henriet, Cyril Viennot et Thibaut Rigaudeau

Lepape-info : Cyril, une véritable force se dégage de vos deux couples, votre histoire est atypique

Cyril Viennot : Cela a commencé par une mise en relation de Thibaut et moi par la Fédération, cela s’est bien passé il a commencé à venir à la maison pour s’entraîner. On a ensuite débordé du cadre traditionnel puisque nous nous sommes entraînés en dehors des temps fédéraux. Héloïse est venue également à la maison car Thibaut ne voulait pas la laisser toute seule. Elle a fait quelques séances avec Anne, Thibaut a essayé de convaincre Héloïse pour qu’elle essaye de faire un triathlon sans objectif de performance. Anne ayant fait du triathlon pendant un long moment avec une grosse expérience a guidé logiquement Héloïse. Les filles ont progressé beaucoup plus vite que prévu et se sont retrouvées comme nous en équipe de France. Notre première compétition internationale avec nos deux duos ensemble date de septembre 2021.

Lepape-info : Thibaut, comment avez-vous géré votre préparation en cette année paralympique ? Cela se présente bien ?

Thibaut Rigaudeau : La préparation s’est bien passée avec un hiver régulier sans blessure. Une continuité et une progression dans l’entraînement m’a permis d’entrevoir la première course de la saison dans de bonnes conditions. La préparation a été alterné entre des phases de stage depuis début décembre (environ 10 à 15 jours pour mois en stage avec Cyril), le reste du temps à domicile où les entraînements sur home trainer et sur tapis sont moins fun mais bien complémentaires avec le travail effectué avec Cyril.

Lepape-info : Anne, comment vivez-vous cette superbe aventure sportive à quatre ? Comment fonctionnez-vous ?

Anne Henriet : Dernièrement nous avons été pas mal en commun, on a trouvé plus de temps pour s’entraîner ensemble avec Héloïse ce qui correspondait un peu plus à l’emploi du temps des garçons. Avant cela on essayait de trouver des week-end à rallonge avec Héloïse pour qu’elle descende sur Dôle. C’est plus facile d’être tous les quatre sur le même rythme, de s’entraîner avec des objectifs semblables en voulant être performants au haut niveau mondial.

Lepape-info : Héloïse, vous avez commencé le para triathlon en 2020

Héloïse Courvoisier : Quand j’ai commencé c’était un défi, je ne me voyais pas faire ce sport, j’ai découvert le triathlon quand Thibaut a commencé en 2018. Autant j’aimais bien nager, faire du vélo même si je n’en faisait pas tellement, j’aimais moins courir mais je pratiquais un peu plus la course à pied. La première expérience fut laborieuse mais très satisfaisante à la fin. Depuis il s’est passé beaucoup de choses plutôt positives et de manière rapide, j’ai l’impression que j’ai débuté hier pourtant cela date d’il y a quatre ans, c’est assez impressionnant.

Lepape-info : Héloïse, vous pratiquiez le para aviron, comment en êtes-vous arrivée à faire du para triathlon ?

Héloïse Courvoisier : Je suis petite, je mesure 1m56, je n’ai pas forcément le physique idéal pour une rameuse, ce n’était pas si mal que je change de voie. C’est grâce à Thibault que je me suis mise au para triathlon, j’y ai pris goût et l’histoire a débuté ainsi.

Lepape-info : Anne et Héloïse, dans votre duo avec Héloïse vous n’avez pas la même façon d’aborder une épreuve, Héloïse vous avez tendance à plus anticiper en amont à l’inverse d’Anne plus en réactivité pendant la course

Héloïse Courvoisier : C’est beaucoup d’apprentissage, on a gagné beaucoup de temps grâce à l’expérience des garçons. Sur le temps de la course et la préparation on a pas la même façon de fonctionner avec Anne, on a appris à se connaître. J’ai tendance à avoir un stress qui pourrait presque me paralyser juste au début de la course. Je me fais mon film dans ma tête les semaines qui précèdent, je consulte le parcours, la liste des engagées pour me faire une idée du niveau en essayant d’anticiper comment la course pourrait se passer avec les éléments que je connais. Anne anticipe autrement.

Anne Henriet : Oui j’anticipe plus tardivement et de façon aussi peut-être plus pessimiste.

Cyril Viennot : Anne, il y’a moins de certitudes dans ton scénario que dans celui d’Héloïse, tu remets en cause tout le temps en disant que cela va peut-être finalement se passer comme cela alors qu’Héloïse a besoin de se faire son scénario bien en amont et ensuite il faut la laisser tranquille avec cela.

Héloïse Courvoisier : Finalement les scénarios que j’anticipe se vérifient tant que les formats de course ne sont pas changés à la dernière minute.

Lepape-info : Comme ce fut le cas lors du Test Event à Paris en août dernier avec l’annulation de la natation dans la Seine, Anne a du vous rassurer du coup

Héloïse Courvoisier : Quand le changement de format de course a été annoncé, ce fut tardif et on ne l’imaginait pas du tout. En plus ce n’est pas en ma faveur quand l’épreuve se transforme en duathlon, certaines filles au niveau international sont meilleures en course à pied, je suis plus avantagée par la natation. Dans ce genre de situation, les cartes sont rebattues, c’est plus difficile pour moi de me remobiliser, de me remettre dans une dynamique positive surtout quand l’annonce est faite très peu de temps avant le départ. Anne a eu ce côté rassurant en essayant de relativiser.

Anne Henriet : Pour moi la course c’est la course, si c’est un duathlon et bien c’est comme cela. Je me dis que ce n’est pas à notre avantage mais il faut faire avec. Je suis plus dans cet optique là que d’être résignée.

Lepape-info : Cyril, ce changement vous a perturbé dans votre duo avec Thibaut ?

Cyril Viennot : Avec Thibaut on était extrêmement déçus, il faut savoir que le Test Event en para triathlon n’avait pas une énorme valeur en terme de points au ranking pour la qualification aux Jeux. C’était plus une répétition, on avait déjà eu juste avant les championnats d’Europe transformés en duathlon et une manche de Coupe du monde en aquathlon, du coup nous n’étions pas ultra motivés. Cela a surtout servi à repérer les parcours à vélo et en course à pied, prendre les virages à bloc et voir à quoi cela ressemblait.

Lepape-info : Cyril, comment fonctionne votre duo avec Thibaut ?

Cyril Viennot : On a pas le même mode de fonctionnement que les filles. Je suis un peu plus directif que Thibaut, on a appris à trouver notre équilibre. J’essaye de tout gérer avant la course, Thibaut se repose un peu plus sur moi. Il est moins stressé du fait que je stresse pour lui entre guillemets. Pendant ma carrière en solo en longue distance avant la course il ne fallait pas trop me parler la veille de la course et là c’est un peu la même chose, une fois que nous sommes en mode compétition je suis dans ma bulle alors que les filles ne fonctionnent pas vraiment ainsi. Notre fonctionnement est plutôt sain, on ne s’est jamais disputé depuis que l’on fait du para triathlon, nous avons des discussions mais on ne s’est jamais pris la tête.

Cyril Viennot : « Lorsque l’on est sportif de haut niveau on a un fonctionnement assez égoïste, ta famille est un peu alignée sur ton mode de vie, elle vit au rythme du triathlon. Le fait de faire cela maintenant à quatre permet de partager les choses de manière complètement différente. »

Lepape-info : Comment voyez-vous cette fusion, votre interaction entre vos deux duos ?

Cyril Viennot : Cette interaction a bien aidé les filles au début lorsqu’elle n’avaient pas d’expérience, on leur a transmis plein d’infos, de façons de fonctionner ce qui leur a permis de progresser plus vite. Maintenant nous sommes dans le partage, chacun et chacune de nos idées, lorsqu’un duo est passé à côté d’un briefing avant course nous nous donnons les infos, cela nous évite de faire des erreurs. À titre plus personnel lorsque l’on est sportif de haut niveau on a un fonctionnement assez égoïste, ta famille est un peu alignée sur ton mode de vie, elle vit au rythme du triathlon. Le fait de faire cela maintenant à quatre permet de partager les choses de manière complètement différente en étant plus uniquement le sportif de la famille avec tout le monde qui le soutient mais des sportifs au même niveau, ce partage est beaucoup plus sympa.

Thibaut Rigaudeau : Les conseils, les ressentis de chacun nous permettent d’évoluer dans notre préparation et notre progression. Voir que tout le monde progresse nous donne une force supplémentaire et nous poussent à nous surpasser !

Hélène Courvoisier : « Préparer les Jeux cela n’a rien de banal, le faire à quatre c’est encore moins classique, c’est exceptionnel, c’est très fort de faire partie de cela. »

Lepape-info : Vous avez vécu tous les quatre le Test Event de Paris, le but est de vous retrouvez ensemble aux Jeux

Héloïse Courvoisier : Nos deux binômes n’en sont pas du tout au même point. Les garçons ont déjà assuré un critère de sélection pour les Jeux et ils doivent réaliser un critère de confirmation pour valider leur sélection. Ils sont en position de sélectionnables aux yeux de la Fédération et ils sont dans les quotas au niveau du ranking. Nous les filles avec Anne nous sommes largement dans les quotas (9 meilleures mondiales de notre catégorie PTVI (déficients visuels)) mais il faut que l’on fasse encore nos preuves auprès de la Fédération pour se mettre en bonne position et valider le fait que nous sommes compétitives.

Anne Henriet : C’est le sprint final, on a fait le choix de faire une grosse préparation hivernale et d’attaquer plus tard l’année à Yokohama qui est le gros objectif de début de saison. Si nous sommes performantes, cela nous permettra d’être un peu plus sereines. D’autres courses sont prévues en juin pour confirmer notre état de forme.

Cyril Viennot : Ce serait une histoire de rêve d’être tous les quatre aux Jeux, ce n’était pas du tout prévu à la base. Ce sera mon dernier grand objectif en tant que professionnel ensuite je vais ralentir et accompagner tranquillement Thibaut vers son nouveau guide. Finir ainsi qui plus est à Paris avec toute la famille au bord de la route ainsi que nos enfants ce serait vraiment top donc oui c’est l’objectif. C’est au centre des discussions car nous avons deux enfants et pour se permettre de faire tout ce que l’on fait cette année, on part énormément en stage tous les mois et à chaque fois que nous partons avec en plus les compétitions ce sont mes parents et mes beaux-parents qui se relayent pour garder les enfants. C’est un projet qui englobe toute la famille et on a envie de les récompense en les invitant à Paris à venir nous voir.

Thibaut Rigaudeau : Oui, en effet ce serait un rêve et une concrétisation de tous les efforts et les sacrifices durant ces trois années post Jeux de Tokyo. Cyril m’a amené a un niveau que je ne pensais même pas pouvoir atteindre. Malgré son incertitude de continuer après les Jeux de Tokyo, je le remercie de continuer l’aventure et le but pour nous sera de pouvoir concrétiser cette belle aventure par une médaille aux Jeux. Même si après les Jeux il passe à autre chose, je sais que je pourrais toujours compter sur lui si j’ai besoin pour les entrainements, surement quelques compétitions pour la saison prochaine. On ne va pas « se perdre de vue » pour autant !

Héloïse Courvoisier : Le sport n’a pas toujours eu cette place dans ma vie, je n’avais jamais imaginé être un jour sportive aux Jeux. Quand j’ai commencé le triathlon ce n’était pas un objectif en soi même si j’ai l’esprit de compétition. C’est devenu normal de partager au quotidien cette aventure à quatre. Vu de l’extérieur préparer les Jeux cela n’a rien de banal, le faire à quatre c’est encore moins classique, c’est exceptionnel, c’est très fort de faire partie de cela.

Lepape-info : Cette expérience à quatre vous rend plus forts, plus fortes

Anne Henriet : Parce que nous sommes ensembles, parce que nous partageons des choses ensembles et que oui cela nous rend plus fort.

Héloïse Courvoisier : Cela nous apporte une dynamique particulière et pas uniquement une simple dynamique de groupe et qui sera difficile à reproduire ailleurs, autrement.

Cyril Viennot : Au niveau de l’engagement si un matin tu n’es pas trop motivé pour aller à l’entraînement, le fait d’avoir impliqué toute la famille et de voir que les trois autres comptent sur toi tu vas beaucoup plus facilement y aller que si tu étais tout seul dans ton coin.

Thibaut Rigaudeau : Pour nous déficients visuels, c’est primordial d’avoir Cyril et Anne à nos côtés. En plus de l’aspect sportif, la gestion de la logistique et de tout ce qui est plus complexe pour nous lié à la déficience visuelle nous aide et nous permet d’aller plus vite dans certaines tâches. Leur soutien nous permet de rester focaliser sur l’entraînement sans trop se fatiguer.

Anne Henriet : Au quotidien quand nos binômes sont cassés, nous avons la personne avec qui l’on vit qui va s’entraîner, nous sommes baignés là-dedans tout le temps en stage ou chez nous, nous sommes tout le temps dans le sport. Avec Cyril on a une grande maison à Dôle, cela nous arrange bien que Héloïse et Thibaut qui vivent en région parisienne descendent chez nous et c’est top lorsque l’on part ensemble tous les quatre en stage.

Réagissez